Corinne, une battante au grand coeur

[Isa] : Vous connaissez surement déjà Corinne 12399414_747699355364160_241006198_nDurand Milleto. Elle est très présente sur notre groupe et nous avons déjà eu le plaisir de la rencontrer en Septembre lors de notre premier rassemblement 🙂 Je crois d’ailleurs qu’elle sera également la en Avril ! 

Aujourd’hui, j’ai le grand plaisir de faire l’interview de cette traileuse au grand cœur que j’affectionne particulièrement 🙂

[Isa] : Salut Corinne, est-ce que tu peux te présenter rapidement?
 J’ai 51 ans, 3 enfants de 21, 23, et 25 ans, un gendre et une belle-fille, un petit fils de 11 mois, un mari qui a deux enfants, une nombreuse famille et une foule d’amis. J’étais orthophoniste en neurologie mais je ne travaille plus pour des raisons de santé, j’habite un petit village proche de Clermont Fd au coeur de l’Auvergne.

[Isa] : Si tu nous parlais un peu de ton experience trail ?
Sportive depuis toujours, je suis arrivée au trail en juin 2013, sur un défi lancé par un de mes frères. Notre frère ainé organise avec son club une course dans la région Lyonnaise, nous avons parié de tous y participer. L’aventure CAP commençait…
Mon gendre s’est découvert une passion pour ce sport et nous avons enchaîné ensemble les trails dans notre région, moi restant cantonnée sur les courtes distances, de 10 à 14 kms. Je me suis entraînée seule, courant avec mon chien dans les alentours du village, sans autre envie que celle de courir, et de combattre la maladie pour laquelle, parallèlement à cette nouvelle pratique sportive, je me suis retrouvée en arrêt longue maladie, avec un traitement lourd.
Je n’ai pas pu m’entrainer autant que je l’aurais souhaité, car je ne voulais m’éloigner de ma fille qui menait elle son combat pour donner la vie…

Puis en septembre 2015 , j’ai voulu passer à la vitesse supérieure, m’entraîner de façon plus rigoureuse, et m’aligner peu à peu sur des distances plus longues.  Je me suis engagée avec un coach, qui m’envoie le programme hebdomadaire par mail et nous communiquons par téléphone.
J’ ai couru le trail d’Anjony dans le Cantal, 1000mD+, 24 kms, le challenge du Roc du Diable prés de Clermont Fd : 18 kms en nocturne, suivi de 13 kms le lendemain matin.

Hélas depuis, arrêt du sport sur blessure au genou.

[Isa] : Quel est ton meilleur souvenir trail? Ton pire plan galère?
stage (37)Difficile d’extraire le meilleur souvenir de toutes ces images que j’ai lorsque je pense aux trails courus. Chaque ligne d’arrivée franchie est une victoire personnelle, un plaisir immense d’avoir couru, forcé parfois, malgré les douleurs, la fatigue.
Un excellent souvenir est le moment passé seule dans mon véhicule aménagé en camping- car, le soir du Roc du Diable, où, seule après l’effort, après la douche ( gelée 🙂 ) , j’ai mangé la meilleure salade de pâtes jamais dégustée, pensant aux kms sur lesquels j’allais partir après quelques petites heures de sommeil.

Et bien sûr : super souvenir que le week- end passé dans les Alpes avec les TEE, notamment Isa, notre café partagé lors de notre descente boiteuse 🙂

[Isa] : Euh oui.. Il faut savoir que j’ai réussi à me tordre la cheville lors du rassemblement, et Corinne s’est dévouée pour me raccompagner jusqu’en bas.. Ca c’est d’ailleurs vite transformée en balade gastronomique.. 😉 Mais ca c’est une autre histoire !

Je n’ai pas le souvenir d’avoir vécu une galère lors de trail, mais je garde le souvenir d’un long moment de solitude au 18 ème km du trail d’Anjony. Nous n’étions qu’une cinquantaine engagés, j’étais la dernière. Je me suis retrouvée seule dans la forêt, je n’en voyais plus la fin, je ne voyais ni n’entendais personne… Je me suis dit que jamais je ne pourrais finir, je pensais m’être perdue : plus de coureur, plus de signaleur.. J’ai ressenti une drôle de sensation d’abandon, de solitude, .et puis j’ai pensé qu’il était hors de question de ne pas arriver, que mon fils, ma belle- fille et les amis m’attendaient, et que je courais ce jour là pour un enfant malade qui ne pourrait plus courir lui, un jour… Je suis repartie , je suis arrivée !!

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[Isa] : Est-ce que tu peux nous parler un peu de toi? De ta maladie? Ton combat, ton quotidien, comment tu adaptes tes entertainments?
10555070_747699675364128_486388583_nAtteinte d’une spondylarthropathie depuis fin 2008, (atteinte de la colonne vertébrale, des sacro-iliaques et des articulations périphériques), avec uvéite ( inflammation de l’oeil cause de cécité), en arrêt maladie puis mise en invalidité professionnelle en juin 2013, ma vie a basculé.
Hyper active, je me suis retrouvée à la retraite à l’âge de 49 ans. Sous traitement de chimiothérapie, cortisone à haute dose et biothérapie, qui met le système immunitaire à l’arrêt, j’allais vivre toute ma vie accompagnée de cette nouvelle copine, sans pronostic vital, mais avec le risque de ne plus marcher, de perdre la vue !

J’aime tellement la vie qu’il n’était pas question de laisser gagner cette compagne de vie.

Je pratique le sport de façon intensive pour contrer les effets des médicaments, pour lutter contre l’ankylose des articulations causées par l’inflammation et contre les douleurs provoquées par la spondyl, douleurs qui disparaissent avec la pratique sportive. Cette dernière me permet aussi de garder le moral, de prendre ma dose d’endorphines et également de dépenser le trop plein d’énergie que j’ai en moi de naissance 🙂

Course à pied, boxe, natation, renforcement musculaire…l’activité journalière est d’une importance capitale pour être en forme, physique et mentale. Actuellement, l’arrêt dans l’attente du diagnostic et du traitement adapté au genou provoque le regain des douleurs dorsales.

Quand mon corps est en crise, j’adapte les entraînements, en me reposant plus, mais j’essaie de garder la course, parce que c’est une activité d’extérieur qui me vide la tête et parce que mon chien a besoin de se dépenser : )

Certains jours, la fatigue est telle que je me traîne et ne peut rien faire. Étrange ressenti que celui d’ouvrir les yeux au réveil avec une sensation d’épuisement, l’impression que je ne pourrais passer cette journée. Le corps est parfois tellement coincé qu’il faut deux heures pour le déverrouiller, pour le retrouver fonctionnant dans son intégralité.

Mais la majeure partie du temps, je suis en forme, et nul ne peut se douter de cette spondyl en moi… 🙂

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[Isa] : Je crois que a coté tu fais beaucoup de choses, tu es notamment très actif dans le plan associatif ! Peux tu nous parler un peu de tout ca ?
L’inactivité n’est pas mon truc. En travaillant, j’avais déjà des activités associatives.
La liberté que procure l’arrêt professionnel m’a permis de m’investir à plusieurs niveaux. Afin de m’intégrer dans la vie du village où je suis arrivée il y a 4 ans, j’ai rejoint le Comité des Fêtes, l’équipe des bénévoles qui gère la médiathèque, et afin de donner de mon temps sur un plan humain, j’ai proposé mes services aux personnes âgées de mon village, pour les conduire chez le médecin, aller chercher des médicaments …

Rejoignant l’association nationale de lutte contre les spondylarthropathies, j’ai créé l’antenne régionale Auvergne, dont le but est de rassembler les personnes atteintes pour un soutien moral et un échange d’informations.

Enfin, l’ association qui me tient à cœur est celle des « Soloudaires « , dont l’objectif est de soutenir les enfants hospitalisés en cancérologie au CHU de Clermont- Ferrand. Nous avons créé cette association à la suite d’un groupe FaceBook fondé par un père dont la petite fille était atteinte d’une leucémie. Sportifs, nous avons pendant un an additionné les kms parcourus en marche, course, natation, pour réaliser la distance de la terre à la lune, afin d’aller lui décrocher celle-ci pour la guérir. Pari réussi, elle est saine et sauve. Nous orientons désormais nos challenges, nos recueils de dons pour améliorer le quotidien des petits malades au sein de l’hôpital.

Mes journées sont donc bien occupées.

Aujourd’hui, je bénis cette maladie qui m’a frappée et que j’ai apprivoisée, car elle m’a permis de changer de vie, d’avoir du temps pour moi, et d’abord et surtout pour les autres, dont mes enfants bien sûr qui même jeunes adultes font encore appel à mon soutien. Grâce à la spondyl, j’ai pu soutenir ma fille qui a subi deux fausses- couches tardives, perdant deux enfants en 2013 et 2014. Hospitalisée pour sa 3ème grossesse, elle est aujourd’hui maman. Si ma vie n’avait pas changé, jamais je n’aurais pu être présente comme je l’ai été.

J’ai pu également prendre du temps pIMG_2226our partir sur le Chemin de St Jacques par petits
morceaux. J’espère repartir ce printemps.

Enfin, je profite désormais de ce nouvel état heureux qu’est celui de grand-mère et la présence de mon petit- fils est un merveilleux cadeau de la vie.

Active, disponible, libre de faire de nombreuses choses, découvrant de nouvelles activités, pratiquant du sport à loisir, bouillonnante de projets, je bénéficie d’une vie riche et agréable, alors ….merci spondyl !

 

Merci pour ton témoignage émouvant. Tu nous donnes à toutes une belle leçon de vie.. En espérant te revoir très bientôt ! Bon rétablissement !

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