Chris : « J’essayais d’effacer ma souffrance, ma tristesse et mon mal de vivre à chaque foulée. »

Salut « Kiki Valou », estphoto 5 ce que tu peux te présenter rapidement?

Je m’appelle Chris PETITJEAN et j’ai 33 ans. Originaire de Saône et Loire (Bourgogne),  j’habite actuellement en région parisienne (Yvelines) et travaille sur Versailles.

Je ne suis pas douée pour l’écriture donc je vous fais confiance pour votre indulgence sur les fautes et phrases mal construites. En tout cas, j’espère que ces confidences vont pouvoir aider et donner espoir.

 

 

Tu nous racontes un pephoto 4u ton parcours?
J’ai commencé la course à pied à 12 ans, j’adorais courir ce qui était bizarre à mon âge et mon époque : cela me différenciait des autres. On me prenait pour une extraterrestre mais cela ne me dérangeait pas car la course à pied faisait partie de moi et me faisait sentir vivante.
Au lycée, je suis donc rentrée en sport étude athlétisme et c’était merveilleux… jusqu’au jour où je me suis blessée lors d’une compétition ! On m’a diagnostiqué un problème de tendons d’Achille : bref j’ai dû arrêter la course à pied et la descente aux enfers a commencé pour moi alors que je n’avais que 17 ans.
Sans course à pied, je n’avais goût à rien, je n’avais envie de rien faire, de voir personne, et petit à petit j’ai glissé d’une petite dépression à une grave dépression qui m’a conduit à l’anorexie. Durant 6 ans, j’ai perdu du poids et je me suis battue en même temps pour rester en vie. J’avais des souffrances horribles chaque jour. J’avais l’impression que je ne m’en sortirais jamais.

Puis un jour, en rphoto 3 (1)egardant des photos, j’ai eu peur et je me suis dis qu’il fallait que je reprenne une vie normale : la course à pied. Au départ, je ne courais que 5 minutes. J’avais perdu tous mes muscles et c’était très douloureux ! Mais la douleur que j’avais en courant s’effaçait une fois le footing fini. Je commençais à avoir quelques instants de bonheur, ce qui ne m’était pas arrivé depuis longtemps. Je ne sais pas comment exprimer cette sensation que me procurait ce mini footing que j’effectuais au fil des jours de plus en plus fréquemment. J’avais tellement de questions : Pourquoi l’arrêt de la course à pied m’a conduit à la dépression ? Comment la reprise de la course à pied va me guérir de la dépression ? Pourquoi dépression et course à pied sont tant liées ?

En courant, j’avais l’impression de me sentir libre, forte, et que rien ne pouvait m’arrêter. Que toutes ces douleurs mentales et physiques que j’avais accumulé disparaissaient le temps d’un footing.

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La dépression est la pire des maladies je trouve car ca ronge de l’intérieur. Pouvoir s’en échapper prend énormément de temps mais la volonté de s’en sortir est plus forte. Le fait d’avoir repris la course à pied me donnait de l’espoir.

Je suis passée par des phases où ca n’allait pas, ou je n’avais pas envie d’aller courir et je retombais dedans directe, j’avais envie de rien faire, de voir personne. J’ai perdu beaucoup d’amis et je pense que beaucoup de mes amis ne m’ont toujours pas comprise.

Là ou la course à pied a été bénéfique c’est que je me sentais mieux et bien dans mon corps. A partir de là j’étais plus avenante avec les gens.

J’essayais d’effacer ma souffrance, ma tristesse et mon mal de vivre à chaque foulée.

 

Aujourd’hui, tu es une vraie Traileuse : tu nous racontes comment tu t’en es sortie?
Toute cette souffrance a duré environ 6 ans. Cette envie de rien, de ne plus exister…

La course à pied m a sauvé petit à petit.  J’ai commencé à me sentir mieux, à me sentir libre, à me sentir un avec mon corps. C’est un peu un sentiment indescriptible. Mais cet épisode marque à jamais et nous rend certainement bien plus fort que les autres car s’être battu tant d’années avec soit même nous permet de nous forger un caractère, une raison de vivre.
Bref j’ai senti que j’étais enfin libérée quand j’ai fais les 20km de Paris en 2011. Entre rires et douleurs, j’ai fini et la sensation que j’éprouvais était merveilleuse.

Mon corps me remerciait.photo 1 (3)

A partir de là, je me suis entraînée un peu plus et je me suis inscrite à quelques courses de temps en temps. J’avais l’impression de grandir, d’apprendre encore des choses sur moi et d’écouter mon corps.

En 2013 je me suis mise au trail et j’étais merveilleusement bien, en osmose avec mon corps.

Du coup j’ai décidé de m’inscrire au marathon de Rome en mars 2014 et le marathon du Mont Blanc en juin 2014. Tout me souriait. J’avais vaincu !!

Jusqu’au jour où tout (re)bascula ! Et c’est la que je me dis que la dépression est terrible car elle est longue à partir mais si simple à revenir… Une descente aux enfers m’attendait : après plusieurs examens et épisodes douloureux, j’appris fin décembre que je devais me faire opérer du col de l’utérus.
Tellement de questions me hantaient alors  : mais quand vais je pouvoir courir suite à cette opération? Comment vais-je faire ? Vais-je reperdre tous mes muscles? Je ne veux pas revivre l’horreur? Vais-je un jour avoir un enfant? Mais comment vais-je faire pour courir?

Bref la panique m’envahit et le mal être revient.

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Suite à l’opération, j’ai eu des examens pour voir si le cancer était encore la. Mais pendant tout ce temps mes seules questions devant le chirurgien concernaient la course à pied  :  c’etait devenu mon moteur, ce qui ne me faisait pas perdre pied. J’étais triste et je me suis vite rendue compte que je retombais en dépression. Mais je ne savais pas quoi faire. J’étais impuissante car je ne pouvais pas courir.

L’heure du marathon approchait à grand pas. J’ai « menti » à mon copain et toute ma famille : je leur ai expliqué que je voulais prendre ce départ et que j’allais faire 10/20km et abandonner. Ca me tenait tellement à cœur de prendre ce départ ! Ma famille proche qui a déjà connu mon anorexie et ma dépression m’a comprise et heureusement. Sauf que dans ma tête j’allais le finir ce marathon car pour moi ce marathon représentait mon mal être et qu’il fallait que je m’en débarrasse en le finissant.

Sans entraînement je me retrouvais donc sur la ligne de départ, et la j’ai vaincu 4h51 de souffrance. J’ai pleuré, j’ai réfléchi sur moi, sur la vie, sur ce qui nous arrive… Pourquoi j’avais eu ce soucis de santé ? Est ce que c’était encore une épreuve pour me forger ?
Durant cette course j’ai ressenti des choses terribles et merveilleuses que je n’oublierais jamais. Mes jambes étaient lourdes, j’avais mal. Je me souviens d’avoir pleurée comme un bébé, mais aussi les gens qui criaient et m’encourageaient. Quels souvenirs magiques !!

Quand j’ai vu la ligne d’arrivée devant le Colisée avec mon copain qui m’attendait, c’était une délivrance, j’allais me débarrasser de ce mal être… J’allais pouvoir revivre !

C’est difficile d’expliquer ce que la course à pied procure si on ne la pratique pas. Mais je pense que c’est le seul moyen de se connaître vraiment.

En juin 2014, le chirurgien m’a dit que c’était « fini », que le cancer ne pouvait plus revenir.
A présent ce qui me fait peur c’est que dés que j’arrête la course à pied plus de deux jours je me sens mal. Le pas vers la dépression est-il si rapide si un jour je devrais arrêter ?

Je suis tombée enceinte fin octobre 2014. Moi qui ne voulais pas d’enfant, j’ai eu cet amour et ce déclic le jour où j’ai appris que j’étais enceinte. J’ai eu une grossesse très difficile (MAP/diabète gestationnel…) du coup j’ai dû rester aliter.  Je me sentais mal mais il fallait vraiment que je garde la force pour mon bébé. Je n’avais pas le droit de sombrer dans la dépression.

Mais plus le temps passait plus j’acceptais d’attendre, et puis quand on est enceinte, nos priorités changent un peu. A ce moment-là, je vous lisais et ça me motivais énormément, alors merci à vous les TEE.

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J’ai accouché le 24 juillet 2015 : le plus grand bonheur de ma vie.

Grâce au groupe TEE, j’ai rencontré deux filles extraordinaires à côté de chez moi (Cécile et Marjorie). Grâce à elles, j’ai repris la course à pied et j’ai même fait un trail de 40km 😉 Je les adore, je les admire !!! Merci à elles du fond du cœur <3

J’ai fait ce témoignage surtout pour aider les filles qui ont été anorexiques ou qui le sont encore, il faut s’accrocher mes belles ! La vie est tellement courte. J’aimerais tellement vous aider.

J’espère être présente pour le prochain rassemblement et vous rencontrer ! Restez comme vous êtes, vous êtes géniales ! La vie est belle!!! Vive les TEE !

Une réflexion au sujet de « Chris : « J’essayais d’effacer ma souffrance, ma tristesse et mon mal de vivre à chaque foulée. » »

  1. Nad Fem

    Ouah, très jolie intervieuw. Encore une TEE wineuse, une TEE qui déchire.
    Je te souhaite plein de courses à pieds, plein de trails.
    Je sais ce que s’est d’avoir comme médicament, comme calmant, la course à pied, le trail. Je sais quel bien cela fait…
    Bonne continuation à toi. Bises. Nad

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